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Voyage vers l’intérieur pour y rejoindre
l’univers et l’intimité nue de l’homme face à
lui-même. Voyage à la recherche d’un sens au-dessus
de l’abysse, dans cette boucle dont l’homme au retour d’un
vœu tend à l'univers son âme.
Profond, toujours plus profond, jusqu’à ne devenir plus qu’un
point, un infime petit point, dans l’immensité du temps,
jusqu’à l’extinction de tout, du nécessaire,
du point lui-même.
Voyage de l’habillage du corps au premier soubresaut, de l’étincelle
à la préhension de la main, périple au saint de l’être,
où la pensée, miroir entre deux espaces distincts similairement
immenses, engendre l’un à l’autre dans le cycle de
vivre.
Ma première lecture fut celle du Petit prince de Saint-Exupéry,
puis Marc Twain : Tom Sawyer, Hukleberry Finn et Lettre de la Terre
; puis Hermann Hesse : Le loup des steppes et Siddhârta.
Mon premier poème fut Demain dès l’aube de
Victor Hugo, puis Rainer Maria Rilke : Les vergers, je crois,
et Lettre à un jeune poète.
Comme j’écrivais alors en alexandrins, je pris comme modèle
François Villon, pour la perfection de son quatrain sur la miséricorde
dans la Ballade des pendus : « Frères humain qui
après nous vivez… ». C’est le seul quatrain que
je puisse réciter. Il reste un cristal inégalé dans
mon âme tant il allie savamment le rythme lyrique et la simplicité
du coeur à la parfois terrible condition humaine.
Et puis Baudelaire, dont l’indiscutable maîtrise est nourriture
infinie.
J’aboutis à mon style finalement par la lecture d’Einstein,
de Blaise Cendrars, et Omar Khayyâm.
J’avais une sorte de jeu pendant plusieurs années. Alors
que je passais par l’errance et les voyages, je suivais obstinément
ma pensée. Elle prenait forme au hasard des discussions, des découvertes
et des rencontres.
Lorsqu’une question me tourmentait, je me dirigeais
vers une bibliothèque où, suivant la voie que traçait
mon instinct, je m'approchais d'un livre que j’ouvrais. Il contenait
la plupart du temps les réponses à ce qui trottait dans
ma tête. Si cela ne marchait pas, je ne recommençais qu’une
fois ou deux j'atteignais toujours mon but.
Dans ces allées, une des rencontres les plus marquantes qui me
permit d’établir une perception claire dans l’immense
fatras de ma cervelle, fut celle avec Le monde vu par moi-même
d’Einstein dans la bibliothèque municipale de Genève
: « Des particules en suspension dont la position est due à
des fluctuations aléatoires ».
Il m’est difficile d’exprimer ce que cette phrase m’apporta
de manière brève. Mais en résumé, elle ouvrait
à mon esprit une appréhension des rapports humains que la
relation binaire entre individus était incapable d’éclaircir,
et me permettait ainsi un jonglage plus souple avec mes idées,
ouvrant une exploration de ces complexes méandres avec des gammes
nombreuses et colorées.
Ensuite vint Baise Cendrars, que je lus au hasard de rencontres, et dont
l’étrange et légère manière de peindre
les paysages me guida vers l’abandon de la rime, ainsi que vers
une structure arythmique plus détachée par laquelle je tente
d’exprimer les étapes respiratoire de la pensée.
A cet effet, j’essayais les saccades comme des cascades plutôt
que l’incantation séculaire. Ceci dans le dessein d’atteindre
l’état d’éveil chez le lecteur plutôt
que celui de l’hypnose.
Je découvris enfin Omar Khayyâm à travers Gérard
Guy, ami de toujours, qui me proposa quand je pris le train de Paris à
Genève d'emmener ses quatrains et m'offrit une bouteille de vin
d’Ardèche.
En trois heure et demie, je fus mis à nu.
Je ne peux rien dire de plus ; Omar Khayyâm prit une place tout
au fond de mon cœur, dans cette parcelle ou respire la poésie
secrète.
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